Dossier de la rédaction : déserts médicaux, quels sont les risques pour les patients ?

12 avril 2022 à 13h30 par Nicolas Georgeault

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Les déserts médicaux sont des zones où la population rencontre des difficultés pour l'accès aux soins de santé. Ils concernent aujourd'hui sept millions de Français, soit près de 12% de la population. Nous sommes allés à la rencontre des médecins, de institutions et de la population pour tenter de comprendre quelle est la situation dans la Loire, quels sont les risques d'un manque d'accès aux soins et quelles réponses il est possible d'apporter. 



Le risque de ne pas avoir accès à un médecin


1,6 million de personnes ont renoncé à des soins médicaux en France en 2017 selon une enquête de la DREES. Un chiffre qui représente 3,1% des Français de plus de 16 ans et peut présenter un véritable risque selon Yannick Frezet :


« Vous êtes dans le cadre de maladies chroniques. Vous avez besoin de voir vos équipes médicales [...] de vos prescriptions d’ordonnances pour que le pharmacien puisse vous les délivrer illustre-t-il. Vous avez un renouvellement trimestriel (des ordonnances), le pharmacien va vous déroger un mois de plus, ça fait quatre mois. Si vous n’avez pas de médecin qui vous refait une ordonnance et réévalue votre situation vous n’aurez pas de prescription de médicaments. Le souci c’est que votre maladie devient instable et vous développez des complications. Vous finissez avec un état de santé qui nécessite neuf fois sur dix une hospitalisation en urgence. »



Des zones de désertification médicales


Selon des chiffres du Progrès qui datent de 2019, 29 des 323 communes de la Loire n’ont ni médecins généralistes ni pharmacies et l'accès aux services d'urgence nécessite une demi-heure de voiture minimum. Dans le détail, Saint-Germain-la-Montagne est la commune la plus éloignée d'un service d'urgence (53 minutes de route) et Valla-sur-Rochefort est la commune pour laquelle l'accès à un généraliste et à une pharmacie est le plus difficile précise le quotidien.


Dans la commune du Bessat (455 habitants), située dans les monts du Pilat, il n’y a ni médecins généralistes ni pharmacies. Il faut faire environ une vingtaine de minutes de voiture dans la montagne pour accéder à un service médical.




« Quand on a une voiture ça va, moi je n’en ai pas » tempère cette habitante qui prend le bus : « je fais une heure et demi de route aller, une heure et demi retour pour aller chez le médecin parce que pour le petit (elle désigne son bébé) j’ai trouvé qu’à Firminy.... Et il n’y a qu’un bus le matin, qu’un bus le soir ! »



La plupart des habitants rencontrés se rendent soit à Saint-Etienne, soit à Saint-Genest-Malifaux pour les soins : « Saint-Etienne n’est pas loin, 14 kilomètres » pour cet habitant tandis que cette Bessataire témoigne prendre « 20 minutes pour y aller, donc tout compris, le temps d’attendre chez le médecin, ça nous prend bien une demi-journée ! »


Pour les habitants interrogés « quand on est encore autonome il n’y a pas de problèmes » même si « je me dis que dans le temps ça risque d’être plus difficile » avoue une Bessataire. La question se pose de l’installation d’un médecin : « avoir un médecin sur le village pourrait être intéressant mais je pense qu’il faut le temps qu’il se mette en place, les habitudes sont instaurées » même si « ce serait plus pratique pour nous » témoigne une autre habitante. Mais un médecin aurait-il « assez de travail » ?


Le risque des déserts médicaux pour la population :




Des patients qui se retrouvent sans médecins traitants


Le nombre de médecins ne cesse d’augmenter en France, de 59 065 médecins généralistes et spécialistes en 1968, ce chiffre est passé à 226 859 en 2019.


En parallèle, la France comptait en moyenne 118,79 médecins pour 100 000 habitants en 1968 contre 339 médecins pour 100 000 habitants en 2019. La Loire était d’ailleurs pile dans cette moyenne nationale en 2018 selon l’INSEE. « Cependant, et c’est la difficulté, cette présence n’est pas homogène sur le territoire » lit-on sur vie-publique.fr.


Dans la Loire, «il y a toujours cette inégalité nord-sud des installations auquel le conseil de l’ordre n’a pas trouvé de réponses. On fait avec ce que l’on peut » témoigne Denis Schmück, un médecin généraliste à la maison de santé de Riorges pour qui il sera nécessaire d’attendre « une dizaine d’années pour que les nouveaux arrivants médecins débarquent. Nous sommes encore dans la vague du papy-boom. »


Dans la Loire, plus de 20% des médecins ont plus de 60 ans, un chiffre qui monte à 30% au niveau national. Selon Arnaud Rifaux il faut s’attendre à « 150 départs en retraite dans les cinq à dix ans qui viennent » sur le territoire ligérien. Denis Schmück qui a repris du service à mi-temps au centre de santé de Riorges se remémore qu’« avec l’approche de la retraite je voyais la difficulté qu’avaient mes patients à se faire "accueillir" par d’autres médecins généralistes et que cela allait poser problème. » Dans la population certains expriment la peur de se trouver délaissés, comme cette stéphanoise qui va « garder bien précieusement » son médecin généraliste et « a peur, si on le perd, de ne pas savoir où aller. »


« Avec les départs en retraite qui s’accumulent c’est de plus en plus tendu et dans les deux ans nous allons perdre entre cinq et sept médecins généralistes entre Rive-De-Gier et Saint-Chamond qui ne seront pas forcément remplacés » corrobore Yannick Frezet.


Ce risque est particulièrement important dans « les zones rurales ou dans les territoires de faible densité » précise Arnaud Rifaux. « On peut vite basculer dans une problématique de désertification médicale » dans ces zones alors que « ce n’est pas la même chose que dans une grande ville où vous avez beaucoup de médecins » rappelle-t-il.


« On ne comble pas les départs en retraite. On va avoir cette problématique jusqu’en 2035 minimum » constate Yannick Frezet car « pour un départ en retraite ce sont un médecin et demi, deux parfois trois médecins qui sont nécessaires pour absorber la patientèle qu’il y avait » abonde Arnaud Rifaux.


Peu abordé dans cet article les médecins spécialisés et le paramédical souffrent des mêmes problématiques. « On rencontre des difficultés au niveau des chirurgiens-dentistes. On rencontre dans la Loire, une densité inférieure à la moyenne nationale » témoigne notamment Arnaud Rifaux.


Y-a-t-il un manque d'accès aux soins dans la Loire ? notre sujet :