Dossier de la rédaction : les déserts médicaux, quelles solutions dans la Loire ?

12 avril 2022 à 17h19 par Nicolas Georgeault

ACTIV RADIO

Les déserts médicaux sont des zones où la population rencontre des difficultés pour l'accès aux soins de santé. Ils concernent aujourd'hui sept millions de français soit près de 12% de la population. Nous sommes allés à la rencontre des médecins, des institutions et de la population pour tenter de comprendre quelle est la situation dans la Loire, quels sont les risques d'un manque d'accès aux soins et quelles sont les réponses possibles. Dans cet article nous abordons les différentes solutions pour faire face à ces déserts médicaux.  



Les aides à l’installation


Un

ACTIV RADIO
, le montant peut grimper jusqu’à 60 000 € en cas de majoration de l’ARS).


D’autres types d’aides « incitent les jeunes étudiants à s’installer dans des quartiers ou des zones déficitaires. » C’est le cas du Contrat d’engagement de service public qui propose une allocation mensuelle de 1200 € à partir de leur deuxième année d’étude. En échange les bénéficiaires s’engagent à s’installer dans une zone ou un quartier déficitaire pendant un nombre d’années égal à celui durant lequel ils perçoivent l’allocation.


Pour faire face au départ en retraite qui ne sont « pas comblés » par l’arrivée de nouveaux médecins rappelle Yannick Frezet, le vice-président de l’URPS de la Loire, l’Assurance Maladie propose par exemple le « COTRAM », ce sont des aides aux médecins qui partent en retraite et assurent la transition entre eux et leur successeur. « Ce travail doit être fait tous ensemble pour se dire comment on prépare le départ d’un médecin en retraite dans les cinq ou dix ans qui viennent » analyse Arnaud Rifaux.


Enfin « un autre volet très important ce sont un certain nombre d’aides pour créer des maisons de santé pluridisciplinaires, de centre de santé, tout ce qui permet à des professionnels de travailler dans une même unité. » complète Arnaud Rifaux. 



Comment s'organiser sur un territoire ?


« Il faut travailler avec des infirmiers libéraux, les pharmaciens, les kinés pour qu’on protocolise les prises en charge » avance Yannick Frezet pour qui l’interprofessionnalité est la clé de voute dans la lutte contre les déserts médicaux : « l’exercice isolé d’un médecin tout seul dans son cabinet c’est quelque chose qui n’existera plus. L’interprofessionnalité fait appel à un regroupement des forces vives pour se réorganiser sur un territoire. Et ça, ça marche ! »


Un centre de santé s’est ouvert début mars à Riorges pour apporter une réponse « à la désertification médicale du Roannais » explique le médecin généraliste Denis Schmück. Avec Bruno Damuseau, ils sont sortis de leur retraite pour y exercer à mi-temps. « Riorges, qui comprend à peu près 11 000 habitants, avait 10 médecins généralistes il y a une dizaine d’années, maintenant nous ne sommes que deux » témoigne Denis Schmück.


Denis Schmück nous parle du centre de santé :




Yannick Frezet est le porteur de projet de la CPTS du Roannais, une Communauté Professionnelle Territoriales de Santé. Ce sont des professionnels de santé qui se regroupent à leur initiative, à savoir un millier sur les territoires en France. La CPTS du Roannais couvre un territoire de 150 000 habitants répartis sur cinq zones : le Roannais Agglomération, Belmont et Charlieu, Copler, Val d’Aix et Isable et le pays d’urfé.


Le regroupement des « forces vives » permet ainsi de « se réunir autour de la table et mettre toutes les problématiques professionnelles sur la table. Une fois que vous avez fait le constat il faut apporter une réponse la plus adaptée possible » et notamment cibler les zones les plus en difficultés : « on peut vite basculer quand on est en zone rurale ou dans un territoire de faible densité dans une problématique de désertification médicale » analyse Arnaud Rifaux et « le zonage permet deux choses : de réfléchir là où il faut travailler en priorité avec le petit nombre d’acteurs qu’il reste » complète Yannick Frezet avant d’ajouter : « ces gens-là il faut les aider parce qu’ils ont la tête dans le guidon, ils sont complètement noyés. »


Sur le terrain, la CPTS permet aux professionnels comme les médecins, les infirmiers ou les kinés mais aussi aux établissements de santé comme les hôpitaux de mieux communiquer entre eux pour s’organiser sur le suivi des patients.


Yannick Frezet fait partie d’une maison de santé pluridisciplinaire à Rive-De-Gier « structuré avec des infirmiers libéraux, avec une sage-femme ». Un projet qui a nécessité : « 15 ans [de travail] avant qu’il soit vraiment efficace. » Aujourd’hui, ce sont « des protocoles sur le suivi des patients diabétiques, sur l’adaptation des médicaments anti-coagulants et du suivi des prises de sang » qui ont été mis en place.


Yannick Frezet, le vice-président de l’URPS de la Loire nous parle de l'importance du temps long qui n'est pas en phase avec le travail des politiques




Les solutions complémentaires


En complément de ces différentes solutions « d’autres politiques et d’autres instruments concourent à une réponse à l’accès aux soins » explique Arnaud Rifaux tel que « le développement de la télémédecine (consultations faites par écrans interposés) » dont l’ARS finance des dispositifs. Si cette pratique « est une autre réponse, elle enlève une part de ce que la relation médicale apporte, cette relation humaine, cette capacité à être en lien avec un patient » pondère Denis Schmück pour qui les différentes solutions complémentaires sont « intéressantes mais pas suffisantes. »


Le directeur départemental de la Loire précise que de « nouveaux métiers sont en train d’arriver, je pense aux infirmiers de pratiques avancées, les IPA. » Ce statut obtenu après avoir suivi un master de deux ans permet d’exercer des missions élargies et ainsi d’« assurer un certain nombre d’actes ou de prescriptions supérieures ce qui permet quelquefois d’avoir une réponse assurée par une IPA et non par un médecin généraliste. »


Enfin l’ARS « finance des postes d’assistants médicaux ce qui décharge le médecin d’un certain nombre de tâches pour qu’il puisse se concentrer au maximum sur les consultations. »


Quelles sont les solutions dans la Loire ? Notre sujet :