L'ancienne préfète de la Loire Fabienne Buccio revient sur le démantèlement de la jungle de Calais

7 novembre 2016 à 7h00 par Clémence DUBOIS TEXEREAU

ACTIV RADIO
Son quotidien était rythmé depuis deux ans par la jungle de Calais. Un bidonville où vivait 6 000 personnes en quête d'un avenir meilleur Outre-Manche. Fabienne Buccio a le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait faire. Rien de plus. Le sentiment aussi d'une belle solidarité.

L'ancienne préfète de la Loire (2011 à 2015) s'est confié au micro d'Activ Radio, au lendemain des derniers départs des mineurs isolés. Non sans émotion et fierté, la native de Gap dont le grand-père a quitté l'Italie a accepté d'évoquer ce qu'elle qualifie comme "le dossier qu'il la marquera à jamais". Extraits.

Calais : 80% de son temps


"Calais, ce n'est pas une minute de répit : le jour, la nuit. Calais, c'est s'adapter en permanence. Ce dossier me marquera à jamais, par sa dimension humaine, par l'esprit d'équipe. Cela a créé un sentiment de cohésion. On avait tellement de difficultés... On était tous très proches les uns des autres. Tous voulant sortir la tête haute pour notre pays mais surtout pour ces gens, à 95% de pauvres gens".

Son meilleur moment


Le jour des départs : "On se posait beaucoup de questions : "est-ce qu'ils vont être au rendez-vous ?"  Ce fut vraiment le moment des départs, avec des gestes simples... Des migrants vous disant Merci, Merci, ce soir je dormirais avec un toit sur la tête. Là, c'était assez fort. Vraiment, on a le sentiment d'agir pour l'intérêt général, pour l'être humain. C'est quand même ce qui motive notre engagement au service de l'Etat."

La souffrance du monde sous ses yeux


"Quand on était au sas le jour du démantèlement, je disais à mon équipe "regardez, c'est le monde qui passe là". Sur le camp, 9 langues étaient parler, des langues rares. C'était vraiment la souffrance du monde. Tous ces gens qui ne demandaient qu'à rester chez eux. Souvent, j'entend des bêtises mais à Calais, c'étaient essentiellement des réfugiés de guerre ! Erythrée, le pays des enfants soldats. L'Afghanistan. Le Soudan. Les trois nationalités majoritairement présentes."

Son message aux ligériens


"Il  y a une vraie histoire de solidarité dans la Loire. Les migrants sont des gens comme vous et moi. Des biens, des moins biens. Mais tous ont une histoire compliquée, difficile. La plupart d'entre eux n'ont qu'une idée : trouver leur place. Apprendre le français, s'intégrer. N'oublions pas qu'il y a beaucoup de jeunes, de moins de 18 ans qui ont besoin de formation. Ils seront demain je l'espère des français ordinaires." 



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